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Lundi 25 septembre 2006

Feuilleton à rebondissement la création de la fondation François Pinault a suscité quantité de discours sur les institutions françaises, sur l’homme, sur le contenu de sa collection : France incapable de soutenir l’initiative d’un mécène ; politique de rigueur du gouvernement sacrifiant en premier lieu la culture ; médiatisation idéologique de l’affaire par François Pinault,[1] afin d’exonérer les politiques libérales dans la dégradation des services publics ; afin de présenter l’administration comme une machine infernale, sans âme ni vie; afin, surtout, d’en arriver à cette puissante et originale conclusion : le privé est l’envers radieux du morne public[2], comme si  le simple fait d'exposer cette collection à  Boulogne n'eût pu parvenir à la même démonstration (dire de Tadao Ando qu'il est l'envers radieux du morne Carlos Ott serait en revanche d'une sinistre banalité); fuite de l'homme d'affaire craignant qu’on ne découvre la vacuité de ses choix...

 

 

 

 

Que contient cette collection ? De l’arte povera, beaucoup ! Et art press de souligner le paradoxe de l’homme riche collectionnant la pauvreté ou encore la simplicité de Donald Judd ou la trivialité d’un morceau de baudruche devenu chien avec lequel on fait sourire un enfant le temps d’un après midi.

Le Ballon Dog ! L’image d’accueil de « where are we going ? » au  Palazzo Grassi. L’image de l’homme derrière la collection. Il regarde l’art avec l’œil d’un enfant, et peut être se souvient de son enfance comme d’une période bénie ou au contraire voudrait oublier qu’elle fut modeste. Image aussi d’une collection qu’on veut faire partager à tous, en parlant simplement, par un symbole universellement reconnu et vu peut-être une heure plus tôt sur la Piazza San-Marco. « Laissez venir à moi les petits enfants » semble crier François Pinault, lesquels enfants sont les gens simples, honnêtes, curieux, ceux là même peut être qui s’insurgent contre l’existence de « Notre Dame des Tuyaux » au cœur de Paris. L’homme d’affaire sait trouver de bons conseillers en communication.

Mais à l’intérieur le Palazzo Grassi abrite des œuvres plus violentes : portrait radiographique du capitaine d’industrie, figuré ironiquement en pirate, enfant pénitent prenant les traits d’un tyran par Maurizio Cattelan ... images marquant la conscience du visiteur et reflétant sans doute celle du collectioneur mais qui illustrent aussi par leur présence chez un homme hors du commun, à la fortune difficilement estimable qu'(un peintre) jouit seulement de ses propres ressentiments, de ses propres complaisances et de celles de ses acheteurs (Alors même qu’il se voudrait( critique aigu du monde moderne[3]

On découvre aussi de quoi faire pâlir bien des musées d’art contemporain : un Math Rothko lumineux, une œuvre démesurée de Carl André, autant d'oeuvres qui eussent compensé les lacunes occasionnées par la politique culturelle de la France... Plus encore il s'agissait d'un reportage sur une époque, sur le goût d'un homme à une époque donnée, livré à la critique des générations à venir qui auraient la liberté de la juger lacunaire ou trop érudite. Regard privé prouvant aussi que les pièces collossales des artistes contemporains ne sont pas seulement destinées aux halls d'éaéroports et musées pharaoniques. Louis-Philippe, Wallace, Salt... autant de noms qui parlent de pertes et auxquels doit s'ajouter celui de Pinault, qu'importe à qui la faute! Mais l'affaire aura eu au moins un mérite, celui de médiatiser l'art contemporain hors des sphères habituelles tout en évitant l'ecoeuil du gaspillage de "l'argent du contibuable" dans des "horreurs modernes"!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

[1] François Pinault, «Ile Seguin : je renonce», Le Monde, 9 mai 2005.

[2]André Rouillé ; Pinault délocalise… sa collection ; paris-art ; 12 mai 2005 ; http://www.paris-art.com/edito_detail-andre-rouille-103.html

 [3] Gilles Deleuze ; Gérard Fromanger,"Le froid et le chaud" ; présentation de l’exposition « Fromager, le peintre et le modèle » ; Baudard-Alvarez ed. ; Paris ; 1973 ; in L’île déserte et autres textes Textes et entretiens 1953-1974 ; Les éditions de minuit ; 2002

 

 

 

 

Par Frédéric Tréfouel - Publié dans : regard sur...
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